Les événements de Basse-Terre :

20-21 mars 1967


Du lundi 20 au mardi 21 mars 1967, la ville de Basse-Terre est le théâtre d’une révolte populaire spontanée (menée par des jeunes en majorité), contre un acte qu’ils considèrent comme raciste. 

Mais ce mouvement n’a-t-il pas des causes plus lointaines et plus profondes ? Ne doit-il pas être relié aux frustrations et aux désillusions suite aux promesses non tenues de la départementalisation ? 


 À l’origine des événements, un contexte social difficile et une situation politique bouillonnante. 

Depuis la départementalisation, les contradictions entre l’égalité de droit promis et institutionnalisée et son application concrète dans les départements d’Outre-mer, sont criantes. 

La situation économique et sociale dans ces nouveaux départements est désastreuse du fait de la crise de l’agriculture et la fin de l’économie coloniale d’habitation. 

En outre, le climat est tendu du fait de la suspicion de fraudes aux élections législatives de  mars 1967, aux dépens  de Gertie Archimède, la candidate communiste. 

Enfin, on observe des réactions manifestes de rejet des métropolitains accusés d’accaparer les emplois et de pousser les Antillais à émigrer. 

Tous ces facteurs favorisent l’essor d’idées et de mouvements autonomistes. 

Le lundi 20, aux environs de 9h du matin, un commerçant d’origine tchèque, SNRSKY (Membre de l’UNR, Union pour la Nouvelle République (parti gaulliste), aurait lancé son chien berger allemand, contre Raphaël BALZINC, cordonnier-cloutier ambulant, en lui lançant : « Dis bonjour au nègre ». BALZINC travaillait sur le trottoir proche de son magasin de chaussures « Le Sans Pareil », avec une autorisation municipale. 

Un attroupement  se forme : BALZINC explique aux badauds que cela fait un moment déjà que SNRSKY envisage de lui interdire l’usage du trottoir devant son magasin.

 À 11h, l’émotion est à son comble et la foule en colère grossit : dockers, lycéens, employés, marchandes… se massent devant le magasin. 

Les jeunes des alentours s’en prennent à SNRSKY et entraînent avec eux la population.   

À 12h, la colère laisse place à la révolte. Les véhicules de SNRSKY sont renversés, son magasin saccagé. Il échappe de peu au lynchage, évacué par les forces de l’ordre vers Saint-Martin (correspondance écrite de la préfecture).

Mardi 21. Les émeutiers font connaître leurs revendications : « SNRSKY recherché et traduit devant la justice, les employés du magasin repris, du travail pour les jeunes ». 

Dans l’après-midi, les gens continent à affluer vers le centre-ville, puis se dispersent en petits groupes, à la recherche de SNRSKY.

Les  manifestants se rassemblent devant le « Sans Pareil » qu’ils incendient, ainsi que ses véhicules dont l’un est jeté à la mer. 

Des affrontements opposent les émeutiers aux forces de l’ordre appelées en renfort. Des gardes mobiles venues de Bapaume (Pas-de-Calais) sont arrivés de métropole à la demande de la préfecture et une opération de ratissage a lieu dans l’après-midi au centre-ville et dans les quartiers populaires. 

 Le préfet, Pierre BOLOTTE, déclare dans une intervention radiodiffusée  qu’il comprend la colère de la population et que le coupable sera poursuivi.  

Cependant, il attribue le durcissement des événements à la présence de G. ARCHIMÈDE et des autonomistes. Il désigne comme responsable le GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe fondé en 1963, le « Progrès Social » (Journal publié à Basse-Terre depuis 1957) et les autonomistes. Selon lui, les manifestations n’auraient rien de spontané et seraient le fait d’agitateurs qui tentent d’exploiter l’incident à des fins politiques. 

Les membres  du GONG et les autonomistes sont poursuivis pour atteinte à l’intégrité du territoire. 

Epilogue : le procès de « l’affaire SNRSKY » se déroule du  15 au 20  décembre 1967, en l’absence de ce dernier. Les 30 émeutiers prévenus poursuivis, sont condamnés à des peines lourdes. 


Jean-Luc FARANT


Sources :

  • Archives Départementales de la Guadeloupe.
  • Rapport de la « Commission d’information et de recherche historique sur les événements de décembre 1959 en Martinique, de décembre 1962 et de mai 1967 en Guadeloupe », 30 octobre 2016.